Une murale pour Madame la Lune 

 

 

École de la Nacelle

Classe de Jacynthe Chabot

Saint-Jean-Chrysostome, QC, Canada

Commission scolaire des Navigateurs

 

Septembre 2002…

Une classe, un groupe, une réalité…

Je découvre, j’apprivoise, j’harmonise mon action.

J’ai tant à apprendre de ces élèves.

Ces élèves sont les miens…

Au fil des ans je constate que les défis d’apprendre, de créer, de partager et de persévérer sont de plus en plus grands pour les élèves de cinq ans. Pourtant mes élèves aiment l’action. Ils ont une énergie débordante, une soif de vivre intensément chaque moment de la journée. De plus, dans cet environnement nouveau aux exigences et contraintes nombreuses, sont sollicités des compétences, un savoir-faire, un savoir-être en émergence.

Comment concilier ces réalités?

 Consciente de l’importance de bien les engager dans leur projet scolaire, de faire naître leur sentiment d’appartenance à leur groupe classe, à leur école, je m’interroge sur les gestes pertinents à poser pour leur donner le pouvoir d’y parvenir.

Une croyance m’anime : les plus grandes transformations chez les enfants émergent d’actions qu’ils mènent lorsqu’elles naissent de leurs goûts et intérêts. Cette année, l’émerveillement de mes élèves lors de la lecture de contes fantastiques s’est avéré une piste sûre pour susciter ces transformations importantes dans leur développement.

 

Je présente donc un conte :

« QUE FAIT LA LUNE LA NUIT ?

d’Anne Herbauts

 

 

Une énergie nouvelle s’installe.

« Moi, j’adore les chats! » dit Catherine.

« Moi, je suis capable de dessiner des chats! » disent Mathilde, Samuel et Marie-Philippe.

« Moi, j’ai peur la nuit! » dit Charles.

« Moi, je peux chasser les mauvais rêves avec mon karaté! » dit James.

 

 

« Moi j’aime Madame la Lune! » disent Audrey et Maude.

« On peut dessiner des chats! » disent les autres.

Un projet vient de naître.

Septembre, seulement septembre mais pourtant déjà l’occasion de semer les premiers grains d’une approche coopérative de travail. Celle-ci s’avérera gagnante pour mes petits cœurs encore bien centrés sur eux-mêmes.

À mon tour maintenant de jouer mon rôle de médiatrice : les questionner pour découvrir leurs intentions, faire respecter l’expression des idées de chacun, harmoniser leurs désirs dans l’action en profitant de leur enthousiasme pour les stimuler et les valoriser.

La création du projet collectif se dessine : « Une grande murale comme à la garderie! » disent Emmanuelle et Pierre-Luc.

 On se lance dans les croquis. Chaque enfant imagine son chat. « On veut commencer tout de suite cette grande murale! » proposent-ils.

 

 

 

« Un instant, il faut prendre le temps de partager nos idées! » On élabore une carte d’exploration.

En faisant appel à leurs expériences antérieures, les attitudes coopératives suivantes : le plaisir, la confiance, le partage, l’écoute, l’engagement et le goût du risque se sont traduites dans leurs mots d’enfants.

De belles idées sont lancées puis font l’objet d’un consensus : le dessin de Madame la Lune sera réalisé par une équipe de quatre enfants.

Toute la classe l’habillera avec des morceaux de papier déchirés

 

 

Chacun fera un croquis, créera son propre chat.

Le choix des médiums se fait : peinture, crayons de toutes sortes, pastels secs et gras.

 

 

Le choix de l’emplacement de chacun des chats sur la murale se précise avec l’aide d’un ami.

La magie s’installe, la murale se concrétise. Les chats font de l’acrobatie, lisent, chantent ou chassent les mauvais rêves et plus encore. Ils traduisent surtout l’imaginaire des enfants et la richesse de leurs émotions.

 

 

Dans la classe, ce projet transforme littéralement l’atmosphère. On sent la confiance grandir. Je n’entends plus : « Je suis pas capable! », « Ça ne me tente pas! », « Je ne sais pas! ».

Le plaisir de créer se fait sentir. Le respect de l’autre, le calme et le désir de partager sont de plus en plus présents tout au long de l’action. On peut même constater un rayonnement dans les attitudes et les comportements lors des autres moments de la journée. C’est une formule gagnante !

Plusieurs jours s’écoulent. Un peu plus de dix heures pour réaliser l’ensemble du projet. On prend des petites bouchées, on prend le temps de déguster le plaisir d’apprendre, de s’exprimer. On a découvert qu’avec de la confiance, du plaisir à travailler en coopération vers l’atteinte d’un but commun, tout semble plus facile . On prend des risques, on se fait des compliments, on analyse, on réorganise, on communique…

 

 

TOUT CELA EN DÉBUT D’ANNÉE?

Oui, tout cela au début de l’année, effectivement. On dira que c’est impossible au préscolaire et surtout pas au mois de septembre!

Mais oui, il faut avoir confiance et se faire confiance pour changer un climat de classe. Cela en valait la peine! Il y en a beaucoup à retirer.

Je vais continuer à leur faire confiance, à partager le pouvoir avec eux. Ils sont tous capables de se responsabiliser, de s’épanouir dans un climat favorable au développement de compétences.

Comme enseignante, ne pas avoir peur de se remettre en question, est une façon de rester cohérente et de rester comme l’enfant, en construction de ses savoirs.

Par ce projet, j’ai pu m’adapter à mon groupe, m’approprier leur profil d’apprentissage et mieux situer leur zone proximale de développement .

Je les ai vus s’amuser, s’épanouir, créer des liens, aimer davantage venir

à l’école; l’incontournable condition pour leur réussite.

 

 

Merci à mes petits coeurs d'avoir imaginé et réalisé ce merveilleux projet! Merci à Lise Dussault, notre technicienne! Merci à Madame Michèle Ladouceur, notre directrice! Merci à Randy Hamlyn, conseiller pédagogique, pour la conception de ce site. Merci à Madame Denise Solomon pour la révision des textes.

 

 

Les chats